Jacques Bidet

Les nouvelles interprétations du Capital

2005

en anglais sous le titre "New Interpretations of Capital" dans Critical Companion to Contemporary Marxism - Edited by Jacques Bidet et Stathis Kouvelakis, Brill (Pays-Bas) 2008


 

 

Le Capital propose une théorie « économique », et pourtant les réinterprétations dont nous allons parler relèvent d'un travail philosophique. La raison de ce paradoxe est que Marx traite l’économie non comme une discipline abstraite et anhistorique, mais comme une science sociale appréhendant le fait économique dans son imbrication à l'ensemble du système social, technique, juridique et politique. Ces réinterprétations concernent donc, en même temps que l'économie marxienne, la théorie sociale qu’elle présuppose, dans toutes ses implications épistémologiques et philosophiques.

Elles sont motivées par les grands mouvements politiques et sociaux, par les mutations culturelles et les innovations théoriques qui ont marqué cette époque. Elles représentent des réactions d’intellectuels à l'encontre des lectures naguère supposées orthodoxes dans le « mouvement ouvrier ». Elles travaillent sur le mode qui est le leur : en éprouvant et en retraduisant le legs théorique marxiste dans les formes philosophiques en vigueur à notre époque.

On peut ainsi distinguer trois orientations principales. D'une part, celle qui poursuit la tradition hégélienne, et singulièrement autour de l'Ecole de Francfort, en Allemagne, mais aussi en Italie, en France, en Europe centrale, au Japon, et ailleurs. D'autre part, un courant que je désignerai comme celui du matérialisme historique, particulièrement actif en France, et notamment à travers l'école althussérienne. Enfin, le groupe du marxisme analytique, dernier venu, significatif d’une influence récente du marxisme dans la sphère culturelle anglo-américaine.

 

Travaux dans les sciences humaines autour des concepts du Capital

 

Les philosophes n’abordent pas (ou du moins ne devraient pas aborder) Le Capital sans avoir aussi en vue le travail des économistes, sociologues et historiens marxistes qui, dans ces nouveaux contextes, ont, eux aussi, chacun dans son domaine, réinterprété cette théorie en l’appliquant à des situations nouvelles, en réélaborant ses concepts, ou en reprenant les difficultés classiques qu’elle recèle.

Sur le versant de l’économie, il faut ici citer, à des titres très divers, les travaux sur le capital monopoliste (P. Baran et P. Sweezy, 1970 [1966], P. Boccara, 1973, G. Mandel, 1976), sur le système du monde et l’échange inégal (A. Emmanuel, 1969, S. Amin, 1970, G. Franck, 1971, I. Wallerstein, 1980, G. Arrighi, 1990), sur l’impérialisme (F. Chesnais, 1997, D. Harvey, 2001), la solution proposée par G. Duménil, 1980 et D. Foley, 1986, au problème de la « transformation de la valeur en prix de production », les travaux orientés vers l’écologie politique (J. O’Connor, 1993, E. Altvater, 1992, J. Martinez-Alier, 1987, J.-M. Harribey, 1998), vers une économie alternative (A. Gorz, 1991), vers l’autogestion (D. Schweickart, 1993, T. Andreani, 2001), ou d’autres « modèles de socialisme » (D. Elson, 1993, R. Blackburn, 2004). Dans ces investigations impliquant Le Capital, ont aussi interféré l’Ecole de la régulation (M. Aglietta, 1976, A. Lipietz, 1983, R. Boyer, 1986, 1995), le radicalisme américain (S. Bowles et Gintis A.-K., 1988, 1998), le néoricardisme issu de Sraffa, 1960 : C. Benetti et J. Cartelier, 1975, voir G. Dostaler, 1985. Voir encore, le concept de « capitalisme cognitif », récemment proposé par les disciples de T. Negri.

L'Ecole de Francfort, qui associe étroitement marxisme et sociologie, a incité à reprendre la question du travail à partir du Capital, − de même l’opéraïsme italien. L’analyse marxienne des classes est relancée par Bourdieu, qui élargit le concept marxien de reproduction, par  E.-O. Wright, 1985, 1997, dans le contexte du marxisme analytique, et par la poursuite des travaux sur la classe ouvrière (T. Bottomore et R. Brym 1990, M. Pialoux et S. Beaud, 1999), sur les divisions au sein du salariat (A. Bihr, 1989, G. Duménil et D. Lévy, 1994, 2003), sur la marchandisation et l’assujettissement du travail (M. Buravoy, 1985, M. Lebowitz, 1992), sur le travail domestique et les rapports sociaux de sexe, sur l’évolution du taylorisme au fordisme et au post-fordisme (B. Coriat, 1990, T. Coutrot, 1999, M. Linhart, 1991), jusqu’à l’ère de l’informatisation (J. Lojkine, 1992) et de la « flexibilisation » généralisées (M. Vakaloulis, 2001).

Et il faudrait encore considérer l’immense travail des historiens, des Annales aux travaux sur la classe ouvrière (E.P. Thompson, 1963), sur les origines du capitalisme (G. Bois, 2000, E. Wood, 1999), l’histoire de la famille (W. Seccombe, 1992, 1993), etc. Mais aussi les analyses des anthropologues, autour de la théorie du mode de production, dont Le Capital fournit le paradigme : E. Terray, 1969, M. Godelier, 1970, Cl. Meillassoux, 1975, 2002. Sans parler de la réflexion des juristes sur les fondements de la théorie du droit (question posée, depuis Pachukanis, à partir du Capital), et plus récemment sur la nature juridique du salariat (y compris hors du cercle des marxistes, Supiot, 1994).

Une interprétation philosophique devrait être capable de faire apparaître pourquoi la théorie de Marx est capable d’engendrer un tel foisonnement.

 

Les interprétations dialectiques

 

La MEGA, édition complète des œuvres de Marx et d’Engels, commencée en 1927, avait fourni l’outil indispensable pour l'étude de la genèse et son interprétation d'ensemble du Capital (Roubine, 1965, Rosdolsky, 1969, Ilyenkov, 1974, Vigotsky, 1967, 1976). La publication des Grundrisse (réalisée en 1939-41) devait jouer un rôle considérable dans l’interprétation proprement philosophique. Dans cette première esquisse, en effet, rédigée en 1857-58, c’est en recourant constamment aux catégories de la logique hégélienne que Marx développe son programme de « critique de l’économie politique ». Or, au long des diverses rédactions successives, jusqu’à la publication d’une première édition du Livre I en 1867, puis d’une seconde en 1873, et d’une édition française étalée de 1872 à 1875, cette conceptualité philosophique se trouve progressivement marginalisée. Un immense travail exégétique tendra à la restituer, à commenter et à expliquer  Le Capital à partir de cette première approche, et à la lumière de la philosophie du jeune Marx.

L'exégèse philosophique du Capital s’est trouvée relancée, à l’Ouest, dans le contexte intellectuel et politique de la fin des années 60, notamment par des disciples d’Adorno : A. Schmidt 1994 [1967], H.-G.Backhaus, 1997 [1968], H. Reichelt, 1970. On voit alors apparaître divers groupes d’études et plusieurs ouvrages consacrés au Capital (W. Haug, 1974, G. Göhler, 1980). Un vaste champ de recherches, d’esprit dialectique, s’ouvre aussi en Italie, actif jusque aujourd'hui, associant, selon la tradition gramscienne, philosophie et politique et souvent marqué par l’influence de Lukacs: G. Napoleoni, 1973, M. Dal Pra, 1977, A. Gayano, 1979, E. Grassi, 1979, R. Finelli, 1987, S. Garroni, 1997, A. Mazzone, 2001 [1981], R. Fineschi, 2001. De même en France dans un esprit analogue : J. D’Hondt, 1972, S. Mercier-Josa, 1980 et 1999, L. Sève, 1980, R. Fausto, 1986, E. Renault, 1995, J.-M. Vincent, 1973, 1987. Un courant inspiré plus expressément de Lukàcs se développe en Europe centrale : K. Kozik, 1988 [1967], I. Mezsaros, 1970, A. Heller, 1976. D'autres travaux, notamment sud-américains, qui trouvent pour une part leur inspiration dans les philosophies de la libération, comme ceux d’E. Dussel, 1998), peuvent être aussi rapportés à ce contexte. Il existe aussi une importante école japonaise (depuis Kôzô Uno, 1980 [1964], qui avait fait un usage original de la dialectique, W. Hiromatsu, 1974, H. Uchida, 1988, etc.), liée à un intérêt pour le marxisme remontant aux années 30 et à une influence de la philosophie allemande. Plusieurs ouvrages permettent aujourd’hui d’appréhender ces travaux dans leur ensemble : voir notamment M. Heinrich, 1999, et surtout R. Fineschi, 2001, ainsi que le monumental dictionnaire publié par W. Haug à partir de 1994.

Ces auteurs réagissaient d’une part contre la lecture logico-historique, qui prévalait, dans le contexte d’une certaine philosophie (triomphaliste) de l’histoire, au sein des marxismes politiques faisant autorité, et d’autre part contre la lecture souvent assez pragmatique des économistes. Ils eurent le mérite de mettre en avant l’exigence d’une interprétation « logique », c’est-à-dire théorique, du Capital, tout comme le firent, à la même période, quoique selon des références philosophiques différentes, les althussériens.

Cette lecture, notamment chez H.-G. Backhaus et H. Reichelt, donne la préférence au texte de la première édition, de 1867, par rapport celui de la seconde, celle de 1873, parfois présentée comme le fruit d’une « popularisation » opérée par Marx. Le premier exposé, « ésotérique », plus philosophique, est alors opposé à celui, « exotérique », de la dernière version, qui répondrait seul à la « méthode dialectique » de Marx. Le modèle de référence pour l'interprétation du Capital est ainsi trouvé dans les Grundrisse. On prend pour point de départ ce qui, dans la version de 1867, se trouve désigné comme la « contradiction », Widerspruch, entre la valeur d'usage et la valeur d'échange. On souligne que l'inten­tion de l'exposé marxien est de manifester que le marché, loin d’être ce qu’il se donne, un espace d’interaction entre des individus rationnels, constitue un rapport social aliéné, où la valeur d’usage se trouve prise dans l’objectivité abstraite de la valeur, le travail devenant indifférent à son contenu. On met au centre de l’analyse la « réduction du travail concret au travail abstrait », générée par le marché. Dans cette optique, c'est l'examen de la « circulation simple » qui constitue censément le point de départ de l'exposé logique du capital, l’objet de la Section I : on part du marché compris comme système général des échanges, avec l'expression monétaire qu'il implique, abstraction faite du rapport de production proprement capitaliste, qui sera l’objet de la Section III. Et ce point de départ donne, on va le voir, toute son impulsion à l’interprétation dans son ensemble

On insiste en ce sens sur le fait que la théorie de Marx est une « théorie de la forme valeur », de la valeur comme forme sociale, − thèse parfois tournée à l'encontre de la « théorie de la valeur-travail », labour theory of value, supposée substantialiste. La notion d' « abstraction réelle », avancée par Sohn-Rethel, qui renvoie au fait qu'il ne s'agit pas seulement ici de formes abstraites de pensée, mais que celles-ci définissent en même temps la réalité du rapport social, est reprise pour donner toute sa signification à cette « réduction du travail concret au travail abstrait », qui désigne ainsi la domination réelle du travail abstrait sur le travail concret. Cette approche invite à une prise en compte de l'argent, dans son abstraction, comme rapport social constitutif de la société capitaliste. Elle donne au fétichisme de la marchandise une puissante signification réaliste : il ne s'agit pas d'un simple fait de pensée, mais de la condition même de l'homme moderne, dans la situation du capitalisme en tant que société régie, au-dessus de sa tête, par le marché. Et cette thématique trouve son prolongement dans l'analyse du rapport social proprement capitaliste, tel que Marx l’expose à la Section III, permettant de ne pas en rester à une lecture en termes d’extorsion quantitative d'un surplus. Elle permet en effet de comprendre que l’exploitation est aussi un rapport de domination, mais avec cette particularité par rapport aux systèmes de classe antérieurs qu'il est orienté vers l'accumulation non pas de valeurs d'usage, mais d'une richesse abstraite, la plus-value ou survaleur, indifférente à son contenu concret. Ce qui fait apparaître que le capitalisme n’est pas seulement contraire à l'intérêt des travailleurs qu’il exploite, mais indifférent aux effets de la production matérielle sur la population dans son ensemble et sur la nature.

S’il est permis de résumer ainsi  l'orientation générale des lectures valorisant l’élément dialectique, on comprend qu'elles aient pu jouer un rôle philosophique d’aiguillon dans la critique marxiste du capitalisme, l’aidant à dépasser des figures incomplètes du rapport capitaliste : tant sa réduction quantitative à la simple extorsion d'un surplus que sa représentation qualitative formelle en termes de domination. Elle met en effet en avant une problématique d'abstraction, qui manifeste toute la radicalité potentielle de la critique marxienne de l'aliénation marchande et capitaliste, son actualité singulière au moment où le capitalisme manifeste sa puissance par la production des besoins eux-mêmes et la captation des désirs, c'est-à-dire sa capacité à s'approprier la définition même des valeurs d'usage, selon une logique qui met en péril les conditions élémentaires du bon usage que l'humanité peut faire d'elle-même dans son rapport à la « nature », − la production se retournant finalement en destruction.

Ce bref résumé, ideal-typique, ne renvoie pas à une « doctrine » établie, qui serait commune à cette orientation « hégélienne », qu'elle soit inspirée par l'Ecole de Francfort ou fondée sur des relais autonomes. Il me semble simplement que c’est en ces termes que l'on peut, au-delà de l’apport de tel ou tel auteur, se représenter l’esprit général qui l'anime, et rendre compte, dans son principe, de la stimulation subversive qu'elle  continue à exercer dans les générations nouvelles, assurant la communication entre la tradition marxiste et les courants contemporains de contestation de la consommation et de la production, du situationnisme à la critique du travail, de la vie quotidienne, de la culture et de l’écologie. Il s'agit là d'un legs précieux, dont il ne faut rien perdre.

Ce travail sur la relation entre Marx et Hegel se retrouve chez nombre d’auteurs anglo-américains. Voir notamment les travaux de Sekine, 1984-86, Ollman, 1992, 2005, Moseley, 1993 (avec des contributions de T. Smith, P. Murray et G. Reuten), Arthur, 2002, Meaney 2002. Plusieurs d’entre eux ont adopté la dénomination de « nouveau marxisme hégélien ». Certains, comme Chr. Arthur, se sont donné un projet plus défini, sous le nom de New Dialectics : ils entendent s'appuyer sur la dialectique « systématique » de la Logique pour l'interprétation du Capital, compris comme une théorie du « système » capitaliste (voir, dans le présent ouvrage, l’article que leur consacre Jin Kincaid). Une telle hypothèse est assez ancienne (voir l’ouvrage de Fineschi), mais elle fait ici l’objet d’une élaboration systématique, jusqu’à la parfaite virtuosité (voir Sekine 1984-86). Il est vrai que les formes dialectiques sont omniprésentes dans Le Capital, explicites ou sous-jacentes. Cette exégèse philosophique éclaire donc nombre de facettes de la théorisation de Marx. Ce qui reste problématique, c’est l’idée que la matrice générale d’une « science de la logique » puisse se retrouver en parallèle dans une « théorie du mode de production capitaliste ». Et cela même si certaines analogies sont manifestes. La contre-épreuve en est fournie par le fait que les correspondances entre les concepts respectifs de la Logique et ceux du Capital font, selon les divers auteurs, l'objet d'interprétations absolument divergentes, exclusives les unes des autres, − ce qui tend à rendre problématique le projet comme tel.

Dans le registre hégélien, il faudrait encore citer d'autres recherches, comme celle de L. Colletti, 1976, 1984, qui finit néanmoins par rejoindre les positions de Popper. Ou encore celle d’H. Denis, 1980, qui rejette la théorie du Capital, lui préférant la dialectique des Grundrisse. Mais d'autres philosophies sont également sollicitées. D'une part, la phénoménologie, notamment dans l'ouvrage de M. Henry, 1979, qui fournit une lecture du Capital fortement ancrée dans les textes préparatoires et ceux du jeune Marx, et centrée sur l'opposition entre le travail abstrait et la subjectivité organique de la praxis individuelle. Quant à l'intervention de J. Derrida, 1993, avec la figure du « spectre »,  elle fait passer avec succès au texte de Marx l'épreuve de sa critique déconstructrice. T. Negri , 1979, 2000, 2004, en référence à Spinoza et à Deleuze, a proposé une stimulante problématique en termes de « puissance de la multitude », qui, cependant, marque une distance considérable par rapport aux concepts constitutifs de l'analyse marxienne, à commencer par ceux de valeur et de production, qu'il croit remis en cause par la généralisation du travail intellectuel et supposé « immatériel ».

 

Difficultés d’une interprétation « grundrissienne »

 

Un certain nombre de difficultés s'attachent néanmoins à l’approche hégélianisante, pour autant, du moins, qu’elle s'inspire des Grundrisse pour l'interprétation du Capital. Il y a d'abord quelque raison de douter que la meilleure façon d'expliquer le texte final soit de prendre pour clé le « brouillon » initial, fût-il génial. Lorsque l'on procède ainsi, on tend à expliquer le résultat par ses « sources » supposées. On méconnaît le fait que lorsque Marx écrit une nouvelle version sur le même sujet, c'est pour corriger la précédente. On tend aussi à négliger le fait qu’il lui advient ce qui advient à tout vrai chercheur : il trouve autre chose que ce qu'il cherche. Dans son procès d'élaboration, Marx procède en réalité comme tout autre inventeur : face aux problèmes qu’il n’appréhende encore que de façon indistincte, il s'exerce avec les moyens formels qui sont ceux de sa culture. Ainsi, tout à la fois pour ses plans généraux et pour ses analyses particulières, puise-il à chaque pas dans l’instrumentarium hégélien, en vue de reconnaître les nouveaux espaces théoriques qu’il entrevoit, et de formuler les questions théoriques qui lui apparaissent progressivement. Telle est, dans la recherche théorique, la part de l’expérimentation. Ainsi, lorsque Marx abandonne − comme on le voit régulièrement d'une rédaction à l'autre − un certain nombre de concepts, de distinctions et de séquences inspirées de la logique hégélienne, il faut toujours s'interroger pour savoir s'il n'a pas de bonnes raisons de le faire. Cela ne veut pas dire que Marx tournerait le dos à Hegel. Chacune des pages du Capital est riche de précieuses déterminations philosophiques, qui renvoient à la philosophie classique allemande, à la philosophie politique moderne, voire à Aristote. Mais la performance dialectique manifeste dans les textes de recherche n'autorise pas à considérer ceux-ci comme théoriquement supérieurs. Il faut au contraire se demander pour quelles raisons, dans la progression de la recherche, Marx abandonne un certain nombre de recours dialectiques, et si ces raisons sont fondées.

Intervient notamment, entre les Grundrisse et Le Capital, une modification décisive de l'exposé. L'Esquisse, Rohentwurf, comme disent volontiers des commentateurs allemands, se divise en deux parties, le « chapitre de l'argent », qui traite de la « circulation simple », et le second, le « chapitre du capital », qui traite de la production capitaliste. Une division analogue se retrouve dans l'œuvre finale, entre d'une part la Section I du Livre I, « La marchandise et l'argent », et d'autre part tout le reste du Livre I. Mais cette ressemblance cache une grande nouveauté : la Section I du Capital ne traite plus de la circulation simple (ni de la « production simple », c’est-à-dire précapitaliste), mais de la production marchande en tant que telle (ou selon son concept), soit du « marché », mais défini, dans son abstraction, comme système production-circulation marchande. Ainsi émerge un nouveau problème, qui est celui du rapport entre la production marchande, avec ses conditions juridico-politiques, et la production proprement capitaliste, que définit la Section III. Soit une double thèse : l'économie capitaliste ne peut être définie comme une « économie de marché », le concept d'économie marchande se distingue de celui d'économie capitaliste. De ce résultat initial de l'analyse marxienne, on ne peut tirer de conclusion immédiate sur la place éventuelle du marché dans une économie post-capitaliste. La question se trouve seulement posée, et elle rend moins évidente la perspective fonder le socialisme sur l'abolition du marché.

Faute d'avoir pris en compte ce progrès décisif de l'élaboration théorique de Marx, les interprétations du Capital à partir des Grundrisse ont en général tendance à imputer immédiatement au marché ce qui revient au capital, au marché capitaliste. Une part de la critique au nom de « l'abstraction » manque ainsi sa cible véritable, qui doit être le capitalisme, dans lequel le procès de production a pour objet, comme l'explique Marx, la richesse abstraite en tant que telle, − ce qui ne peut pas être dit de la production marchande selon son concept, exposé à la Section I. Celle-ci, du reste, dans sa rédaction définitive, écarte en réalité, à ce niveau, la notion de « contradiction entre valeur d'usage et valeur », et intègre le concept de travail abstrait dans une figure rationnelle.

Enfin, il est très difficile à des interprétations purement dialectiques d'échapper à l’allégation d'une « dialectique de l'histoire ». Cette tendance, il est vrai, s'observe dans le texte même du Capital, lequel débute par la figure du marché, celle de la rationalité interindividuelle, pour s'achever sur celle du socialisme, compris comme rationalité sociale-centrale, fondée sur l'organisation concertée.

 

La tradition du matérialisme historique

 

C'est précisément une réaction « anti-hégélienne » en ce sens qui avait suscité, en France, à partir des années soixante, l'émergence d'un nouveau courant autour de L. Althusser et de ses disciples, 1965, notamment E. Balibar, 1974, 1993, et P. Macherey,1977, − voir aussi G. Duménil, 1978. Les travaux ultérieurs les plus significatifs dans cette optique sont sans doute ceux d’E. Balibar autour du matérialisme historique et de la philosophie de Marx. Un peu partout dans le monde, en philosophie et dans les sciences humaines, des chercheurs vont se réclamer de cette nouvelle lecture de Marx. On notera que, dans le même temps, se développait en Italie, avec Della Volpe, 1969, une attitude semblablement préoccupée du caractère scientifique de l’œuvre de Marx, et un courant épistémologique, illustré par L. Geymonat, se prolonge aujour­d’hui avec M. Cingoli, 1996 ou encore F. Soldani, 1992, 2002.

L’émergence du courant althussérien témoignait d'une semblable prise de distance à l'égard du marxisme plus ou moins officiel de l'époque, et de sa philosophie de l’histoire. Il me semble juste de le désigner comme le « courant du matérialisme historique », plutôt que de le restreindre à l'étiquette de « structuraliste ». Il est en effet héritier de tout un contexte qui rattache une part de la philosophie française de cette époque à des traditions matérialistes remontant aux Lumières et à Spinoza, et qui se déclinent sous des formes diverses à travers l’épistémologie de Bachelard et de Canguilhem, et dans les recherches parallèles conduites par Lévi-Strauss, Bourdieu, Foucault ou Lacan. Il contribuera, notamment, à une mise en connivence du marxisme avec les thématiques de ces auteurs (rupture épistémologique, structure, reproduction, inconscient, etc.), et par là à l’établissement de liens philosophiques nouveaux et féconds entre marxisme et sciences sociales. Ce qu’Althusser met en cause, c'est la représentation d'une société comme totalité expressive d'elle-même dans chacun de ses moments, qui se réalise en dialectique fantasmatique de l'histoire. Il oriente ainsi la recherche vers des stratégies plus prudentes, qui considèrent pour elles-mêmes les particularités, les surdéterminations, les décalages et les conjonctures.

Le travail de tradition althussérienne tend souvent à inquiéter les économistes plutôt qu’à leur inspirer confiance (et c’est pourquoi ils préfèrent souvent se tourner, malgré la distance, vers les interprétations hégélianisantes, pensant pouvoir y trouver un « supplément d’âme », comme on dit en français). S'agissant du Capital, Althusser inaugure en effet une façon plus distanciée de s'interroger sur cette œuvre, privilégiant les discontinuités, les tâtonnements et les ruptures. Il incite à faire la différence entre les catégories philosophiques et les catégories « scientifiques », condition nécessaire à l’analyse de la relation entre ces modes de rationalité. Le leitmotiv d’une « coupure épistémologique » entre le jeune Marx et celui de la maturité tranche plus généralement avec la tendance, fort répandue, à considérer qu’il existe une « pensée de Marx », présente dans l’ensemble de ses écrits, de telle sorte que l’on peut toujours expliquer, éclairer, commenter un texte par un autre. Et aussi avec la tendance à ne s’intéresser qu’à la question de la « construction progressive » de son système. Bref, il invite à passer de « l’interprétation » du Capital à la question de ses révisions nécessaires.

 

L’intervention du marxisme analytique

 

Le marxisme analytique anglo-saxon, apparu dans les années 80, d'une impulsion politique venue de la décennie précédente, comme l'explique son fondateur G. Cohen (1978), qui considéra de son devoir de rendre compte du marxisme dans les termes de la philosophie analytique, à ses yeux, seule légitime. Il concentre sa réflexion sur le problème de la diversité des explications (fonctionnelle, causale, intentionnelle) proposées par Marx, et la nécessité d'analyses en termes d'individualisme rationnel. Il met en avant deux « thèses ». Celle de la « primauté des forces productives » : leur nature spécifique expliquerait, à chaque niveau de leur développement, quels rapports de production sont nécessaires pour leur mise en œuvre. Celle de la « correspondance » entre ces deux termes : s’imposeraient les rapports de production qui sont effecti­vement fonctionnels du développement des forces productives. Le débat qui s'en est suivi, marqué par l'intervention de J. Elster (1985), a notamment porté sur le fondement de la première thèse, que G. Cohen rattache à la rationalité de l’être humain dans le rapport social en général, et sur le sens à donner, dans la seconde, à la notion de fonctionnalité, qui ne peut être définie de manière socialement neutre : les individus ou les groupes qui se lancent dans le type de domination le plus approprié l’emportent sur les autres, en ce que tout à la fois ils parviennent à stimuler le développement de la production et à s’approprier la puissance sociale qui lui est inhérente. Cette recherche analytique est de nature à clarifier les débats sur l’explication à donner des  grandes mutations épocales, comme celle de la mondialisation en cours, et plus largement sur les rapports entre l’intentionnel et l’inintentionnel, sur la part de l’initiative humaine dans les processus historiques.

L’économiste J. Roemer, 1982, a proposé une théorie « générale » de l’exploitation et des classes, qui fournit des éléments pour une réélaboration du Capital. Il généralise l’approche sur une double plan : d’une part en mettant en parallèle l'exploitation à travers l'échange inégal et à travers la relation salariale, et d’autre part en comparant le « capitalisme », fondé sur la différence des propriétés, et le « socialisme », marqué par la différence des compétences. Son approche a inspiré la sociologie de E. O. Wright, 1985, 1997, qui analyse ces deux types de rapports de classe au sein même du capitalisme. Dans ce contexte de philosophie analytique, la théorie marxienne de l’exploitation s'est aussi trouvée interrogée comme une « théorie de la justice », et valorisée comme telle (G. Cohen, 1995).

En dépit des difficultés qui empêchent cette forme de pensée non dialectique d'assumer le programme marxien, et notamment du fait de la prégnance de l’individualisme méthodologique, elle a cependant contribué à clarifier et à remettre à l’étude un ensemble de questions, concernant notamment l’exploitation et la théorie des classes.

 

Perspective d’ensemble : l’interprétation méta/structurelle

 

On peut, me semble-t-il, articuler entre elles ces diverses recherches. C’est là du moins le projet que j’ai élaboré, dans l’esprit du matérialisme historique (Bidet 1999, 2001 [1985], 2004).

Le concept de la « rupture épistémologique » doit être appliqué au rapport entre les Grundrisse et Le Capital. On est alors conduit à lire la Section du Livre I avec toute la rigueur du marxisme analytique, et à la comprendre (ainsi que le font du reste les économistes marxistes conséquents) comme l’exposé du modèle abstrait de la production rationnelle sur un marché, − sur la base de la propriété privée, donc dans les conditions de la concurrence. C’est dans ces conditions que le travail concret « se réduit » au travail abstrait, ce qui signifie d’abord, à ce niveau d’analyse, que le « temps de travail socialement nécessaire » détermine en dernière instance la valeur d’échange. Mais il ne s’agit pas seulement là d’une figure de l’entendement social rationnel, Verstand. Car Marx souligne qu’ici se trouve présupposée la liberté-égalité-rationalité des producteurs échangistes. Soit un présupposé de raison (juridico-politique), Vernunft, autant que d’entendement (économique). Mais une telle figure n’est, me semble-t-il, cohérente que dialectiquement développée. Car de tels partenaires ne peuvent se considérer comme libres-égaux-rationnels s’ils s’avouent soumis à une loi commune naturelle, celle du marché. Ils ne sont en mesure de se poser mutuellement comme tels qu'à la condition de se définir comme ceux qui élaborent ensemble la loi à laquelle ils se soumettent. Et cette centralité sociale concerne à la fois la raison politique, selon la tradition de la philosophie politique démocratique, et l'entendement économique, selon la tradition réaliste institutionnaliste qui oppose au dogme néoclassique du marché la complémentarité des deux formes primaires, antagoniques, de la coordination sociale, que sont le marché et l’organisation.

Ainsi se trouve réalisée la thèse théorique fondamentale de Marx, selon laquelle le propre de la forme moderne de classe est de se fonder sur un rapport social rationnel-raisonnable, le marché, en le retournant en sens contraire : le travailleur exploité et opprimé étant déclaré inscrit dans une relation d’échange libre, égal et rationnel, étant « posé » comme tel. Mais elle n’est réalisée qu’en ce qu’elle est dépassée (aufgehoben). Cette supposition, cette « position », ne peut en effet se formuler de façon conséquente que selon cette figure complexe (irréductible au seul marché, comme le voulait Marx), qui constitue la vraie fiction moderne à partir de laquelle on doit commencer l'exposition de la forme moderne de production et de société : elle comporte les deux « pôles » de l’interindividuel et du social-central, selon les deux « faces » de l’économique et du juridico-politique. Ainsi la théorie de Marx se trouve-t-elle pleinement assumée, mais reprise sur une base plus « large », plus réaliste et plus dialectique.

Cette fiction initiale, l’« Éden des droits de l'homme et du citoyen » qu’évoque Marx à la Section I, ne possède qu'une forme d'existence ambiguë, un statut ontologique que seule une analyse dialectique permet de concevoir, étant contradictoirement posée par les dominants comme ce qui est et par les dominés comme ce qui doit être. A l’instar de la relation juridico-politique de la production pour l’échange dont part Marx, elle n’est jamais posée comme la forme sociale universelle qu’en étant transformée en son contraire, dans une situation dans laquelle la propriété, qui gouverne le marché, et la compétence, qui gouverne l'organisation, sont toujours déjà inégalement distribuées, et cela dans des conditions qui reproduisent l’asymétrie entre ceux qui ne possèdent que leur force de travail et ceux qui participent à la propriété et à la mise en œuvre du capital. Telle est la relation dialectique existant entre la structure du capitalisme, comprise comme structure de classe, et son présupposé. L’analyse doit commencer par celui-ci, par ce moment abstrait qui mérite le nom de « métastructure » (et déjà Marx, dans le cadre « étroit » qui est le sien, manifestait qu’on ne peut exposer la théorie de l’exploitation sans avoir fait la théorie de la valeur, c’est-à-dire de la logique de la production marchande). Mais ce présupposé n’est posé que par le développement du capitalisme.

La logique du capital est celle de l'accumulation de la richesse abstraite ; la logique du peuple travailleur est celle de la richesse concrète, de formes de vie libre et égale, concertés entre tous. Le caractère intrinsèquement révolutionnaire de la forme moderne de société tient à ce que l'exploitation et la domination ne peuvent être mises en œuvre que sous le régime de la position de modernité, c’est-à-dire de la déclaration officielle et commune liberté-égalité-rationalité. Laquelle est de nature à susciter une lutte de classe incessante autour de la maîtrise et de la destination de la production.

La métastructure n’est donc jamais posée que dans la structure. Encore cette circularité dialectique n'est-elle pas à comprendre comme un fait de structure, comme si les pratiques des agents ne faisaient que correspondre à une position dans une structure sociale. Les pratiques, les luttes sociales, qui seules en définitive donnent un contenu déterminé à cette position de modernité, à cette liberté-égalité-rationnalité contradictoirement prétendue, n’interviennent jamais qu’à travers des événements, au fil des tendances de cette structure, dans les conditions aléatoires des conjonctures. Si le concept global comporte une circularité dialectique qui tient à ce que les positions de liberté-égalité-rationalité se renouvellent historiquement dans la lutte des classes, les tendances historiques dans lesquelles s’affirment les pratiques, ne peuvent faire l'objet d'aucune déduction dialectique à partir de la structure capitaliste : elles se déploient selon le cours des mutations technologiques qui, au terme de cumulations et  d’interférences inintentionnelles d’actions intentionnelles, viennent, irrégulièrement, remettre en cause les rapports de production. L'élément dialectique est donc à comprendre dans le contexte non dialectique d'une histoire, dans laquelle nous pouvons intervenir, bien qu'elle reste, au-delà de nos projets, une histoire naturelle, qui échappe aux prises de toute dialectique. A rebours du matérialisme dialectique de la vieille orthodoxie, l’élément dialectique se trouve soumis au régime du matérialisme historique.

Cette perspective réaliste corrige le biais logico-historique, téléologique, qui entache l’exposé du Capital. La stratégie d’écriture du Livre I place en effet le marché au commencement logique de l’exposé et culmine sur l’organisation comme son terme historique, fruit de la concentration progressive du capital, qui conduit aux grands oligopoles, lesquels préludent, avec une classe ouvrière instruite et organisée par le procès même de production, au passage révolutionnaire à l’organisation universellement concertée. Cette perspective, qui pousse à l’organisation démocratique de toute la vie sociale contre la domination multiforme du marché capitaliste, définit un point fort du legs marxien. Elle ne doit cependant pas faire oublier que le marché et l’organisation, qui sont les deux formes complémentaires de la coordination rationnelle de la production sociale, constituent − retournés en leur contraire − les deux facteurs de classe interconnectés dans la forme moderne de société. A partir de là se dessinent des rapports plus productifs avec le travail des économistes marxistes, avec les philosophies politiques et les sociologies contemporaines (on se reportera, à titre d’exemple, aux articles consacrés à Habermas et à Bourdieu dans cet ouvrage), et avec tout le mouvement qui vise à la transformation révolutionnaire de la société moderne (et l’on pourra ici se reporter aux « Clés pour un Dictionnaire », proposées en introduction de cet ouvrage).

 


 

Bibliographie

philologique et philosophique

 

Les autres ouvrages sont mentionnés dans la Bibliographie générale

 

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